Avoir l'air de taper quelque chose en regardant ailleurs que sur l'écran, froncer le sourcil, gratter la tempe d'un index, pincer le menton, lever la tête en l'air, s'arrêter, marmonner, ronchonner.
Subitement s'arrêter.. Et pris d'une soudaine inspiration se jeter sur le clavier. Feuilleter un dossier pointer du doigt tel ou tel texte, tapoter le sous-main de son ongle, se renverser dans le fauteuil, l'air inspiré.. Le menton au creux de la main, les yeux mi-clos, se lancer dans une longue réflexion.. Décrocher nerveusement son téléphone, pour finalement, tout aussi brutalement le raccrocher. L'index sur la souris, faire défiler des pages imaginaires. Feuilleter ce livre savant... N'y rien lire, ni encore moins comprendre.
Attendre le départ des collègues. Faire un sudoku. Trouver un jeu.
Empiler sur sa table une doc que jamais on ne lira, coller des étiquettes sur des chemises oubliées au fond d'un tiroir. Se donner la peine d'aller à la pause café, celà fait partie des rituels nécessaires... Dormir à la réunion.
Voilà quelques bonnes méthodes utiles pour réussir sa vie de bureau. Et surtout c'est le seuil moyen que nous avons pu trouver pour "gagner" sa vie.. Autrement dit la perdre dans des travaux tout à fait inutiles, assez souvent. Simplement pouvoir dire à son chef : "Est-ce qu'on peut se voir dans la matinée pour faire le point ?".... Et ensuite, bien entendu n'en faire qu'à sa tête, et surtout ne pas se laisser piéger. Le chef lui aussi fera tout aussi semblant.
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Usé par mes collègues et leurs obsessions à propos de vacances. "Rien à voir, rien à faire, on se fait chier". Ce besoin maladif du "faire", du "consommer".. consommer de l'espace, consommer du temps... Surtout ne pas laisser traîner ses pas, encore une fois baguenauder, flâner, revasser, sortir un bouquin, échanger trois mots avec un passant, mots croisés, bière dégustée, mots qu'on va laisser dans un cahier, laisser les paupières en pause.. "Et si tu devais aller en vacances..".. Oui, je n'aime guère les Landes et leurs alignements de sapin, leurs plages trop propres...
Où que tu sois, leur dire, tu portes en toi ton âme, reste à avoir une âme assez riche, sinon tu risques partout d'être âme en peine.. Apprendre le rien faire,il leur reste beaucoup... Que dois-je dire du bonheur pris à entendre la pluie tomber sur la véranda, à la tombée du jour, ou violente dans l'après-midi, yeux mi-clos? Comment transmettre? Que devrait dire ma marcheuse de mère qui trouvera son bonheur dans ces mots-croisés à explorer... Ceux-là, ces collègues, emportent en vacances cette même folie des jours travaillés. Je me refuse à suivre cette piste. Ils sortent. Je ne sors guère. Ces moments passé ce week-end à ce marché des créateurs m'est tout aussi riche, dans ces contacts tranquilles, que toutes ces vacances...Oui, on peut le faire. Une semaine sans télé. Il n'est pas nécessairement avoué ce besoin du faire, du consommer... On le sent sous-jacent, non dit.. Une incapacité au rien-faire tout à fait handicapante.. Trouver dans le rien-faire d'autres pistes, renommer ce rien-faire en un "autre faire", "faire autrement"..
Pour l'heure je me force à avoir l'air du je ne sais quoi.. Je fais semblant de taper quelque chose, mais ça n'a strictement rien à voir. Apprendre à "se faire chier".. S'y retrouver, filer... Rêvasser. Mais c'est tellement difficile, devant les collègues, de se laisser aller à ce rien-faire pendant le temps de travail...
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A vous la parole