Baguenaudes d'un gaucher amnésique.
Ce vieux là, je le connais.. Il est. Il a un nom. Il m’est proche. Je croise.
Ce vieux là, las, il est cet électron qui tourne en une ronde fatiguée.. A-t-il vie ? Ce vieux là, balance son existence entre un rien qui ne sera pas jouissif faire-rien qu’on pilote habilement, et insipidités télévisuelles, œil fatigué porté sur ces joueurs de boules, va-et-vient de l’homme prisonnier en lui-même. Il traîne ses pas sur cette place.. Non, il ne jouit pas du rien-faire maîtrisé du sage, réflexion tranquille de l’homme en son insuloir. Il ne connaît pas davantage l’heureuse distance de la baguenaude, l’œil paresseux sur des mots croisés inachevés pas plus que chapitres abandonnés de livres entr’ouverts.. Sortira t’il trois mots à l’adresse de ces joueurs de boules ? Ecrira-t-il les “ mémoires d’un vieux qui s’emmerde ferme ”? Jouira-t-il d’une bière paresseuse l’œil mi-clos ? Son regard ne poursuivra pas ce nuage blanc oublié par l’avion sur d’autres routes..
Il est. A-t-il une vie ? Ses murs de prison sont l’univers même. Il est ce néant…Elle, elle n’en finira pas de soupirer, d’interdire. Elle sera maîtresse.. de maison, maîtresse d’école. Elle gronde. Il se tait. Vous n’avez qu’une envie : l’éviter…Vous n’avez rien d’autre à dire, à peine trois mots. Les mots ne peuvent sortir. Vous ne pourrez pas enclencher cette conversation pour une petite minute. Pas même un demi sourire amusé sur le temps qu’il fait ou sur cette ombre croisée. Vous ne pouvez, il ne peut.
Ce vieux... Attend-t-il la vie, la mort ?